Ca aura commencé par une incompréhension. Après tout, tout commence toujours par là... Et puis petit à petit, on prend conscience. Doucement. Lentement. On sent monter dans les tripes, puis dans la gorge, dans les yeux.
S'en est suivi un tremblement. Les mains, le visage. C'est la crainte qui prend le dessus. Est-ce vraiment vrai? Le froid à l'intérieur, d'un coup. On se sent vide, presque mort.
Et les yeux qui commencent à se répandre en larmes, tranchées de guerre perdue. Des pleurs, beaucoup. Le visage ruisselant, les sanglots qui éclatent, qui résonnent dans la tête comme des cris d'agonie, des bruits inhumains. La respiration s'accélère. Vite, respirer. Plus vite, encore, encore.
La tête qui tourne, de plus en plus. Un besoin de s'asseoir, parce que les jambes flanchent. Les jambes ne tiennent plus le reste du corps. Plus rien ne suit...
Toujours ce froid, ce vide. Toujours les larmes aux yeux. Le temps passe trop vite, nous n'en avons pas assez pour vivre, pas assez pour aimer. J'ai envie d'aimer, de dire aux gens que j'aime que je les aime de tout mon coeur. Je veux que le monde le sache. Oui, j'aime. J'ai aimé, j'aime, et j'aimerai jusqu'à mon dernier souffle. J'aime à m'en trancher le coeur, à m'en asphyxier, à en pleurer. J'aime à m'en brûler les paupières, à m'en délier la langue. Je parle, je vis, j'entends et je vois. Tout autour de moi s'est arrêté, quelques instants, quelques heures, quelques jours. Tout a cessé de bouger pour me laisser ressentir le vide intérieur.
Je l'aimais, d'une amitié dont elle ne s'est jamais doutée. Aurai-je dû lui dire? Sans doute. Mais il est souvent trop tard, quand on s'en aperçoit...